Ce qu'on accroche au mur, et comment on l'éclaire

Suivez-nous :
Écrit par des gens du métier Encadreuse d'art, accrocheur de galerie, étalagiste
La hauteur d'œil Ce qui se voit, ce qui disparaît
Nouveaux articles Chaque semaine
Newsletter Une image par semaine S’inscrire

Un tirage jaunit par la lumière, pas par le temps

Avatar de Domitille Sarrazin

·

4 min de lecture 5,0 (52 avis)

On dit souvent d’un tirage qu’il a « pris de l’âge » quand il jaunit sur un mur. Ce n’est pas tout à fait exact : le temps seul ne fait presque rien à un papier photographique bien conservé. Ce qui l’abîme, c’est l’exposition continue à la lumière, et en particulier à sa composante ultraviolette.

Ce que la lumière fait vraiment au papier

Un tirage stocké à l’obscurité, dans une boîte ou un tiroir, garde ses teintes des décennies durant. Le même tirage, accroché en plein jour pendant quelques années seulement, peut jaunir visiblement ou perdre en contraste. La différence ne tient pas à l’âge du papier mais à la quantité de lumière qu’il a reçue, heure après heure, jour après jour.

Les rayons ultraviolets sont la part la plus agressive de cette lumière : invisibles à l’œil, ils portent une énergie suffisante pour casser lentement certaines liaisons chimiques dans l’encre et dans le papier lui-même. C’est un mécanisme de dégradation bien documenté, décrit dans le détail par l’article consacré au rayonnement ultraviolet, qui explique pourquoi tant de matériaux organiques, du papier aux tissus, se décolorent sous une exposition prolongée.

Un tirage exposé en continu à la lumière naturelle, même à travers une vitre, reçoit une dose de rayonnement ultraviolet bien supérieure à celui qui ne prend qu’un éclairage artificiel ponctuel : c’est ce facteur cumulé, plus que la simple ancienneté, qui explique le jaunissement observé sur les images murales.

Le verre anti-UV, une barrière simple

Un verre anti-UV filtre une grande partie de ce rayonnement avant qu’il n’atteigne le papier, sans altérer sensiblement les couleurs visibles de l’image. Pour un tirage exposé sur un mur qui reçoit de la lumière naturelle plusieurs heures par jour, ce verre change concrètement la vitesse à laquelle l’image vieillit. Pour un mur peu ou pas exposé au jour direct, un verre standard suffit largement, et le surcoût du traitement anti-UV n’a alors qu’un intérêt marginal.

Le papier compte autant que le verre

Un tirage argentique, dont l’image est portée par des sels d’argent, ne réagit pas exactement comme un tirage jet d’encre pigmentaire à cette même exposition : les mécanismes de dégradation diffèrent, mais aucun des deux procédés n’est réellement à l’abri d’une lumière directe et prolongée. Le choix du procédé de tirage influence la teinte et le grain de l’image, pas son immunité à la lumière.

L’éclairage artificiel n’est pas un risque équivalent

Une ampoule classique allumée quelques heures par soirée délivre une dose de lumière dérisoire comparée à une fenêtre plein sud qui baigne le même mur huit heures par jour. C’est une confusion fréquente : on redoute l’éclairage du soir, visible et volontaire, alors que c’est la lumière naturelle, continue et souvent ignorée, qui fait le plus de dégâts sur la durée. Un mur orienté au nord, qui ne reçoit jamais de soleil direct, reste l’emplacement le plus sûr pour un tirage auquel on tient particulièrement, bien avant toute question de verre ou de traitement.

La saison joue aussi un rôle qu’on sous-estime : la lumière d’hiver, plus rasante, pénètre parfois plus profondément dans une pièce que celle de l’été, où le soleil haut dans le ciel touche moins directement les murs intérieurs. Un emplacement jugé sûr en juillet peut recevoir, en janvier, un rayon de lumière rasante qu’on n’avait pas anticipé.

Trois gestes qui limitent le jaunissement

  • Éviter un mur qui reçoit le soleil direct plusieurs heures par jour, surtout en fin d’après-midi.
  • Choisir un verre anti-UV pour toute image exposée à une lumière naturelle importante.
  • Alterner, quand c’est possible, les tirages accrochés et ceux conservés à l’abri, pour répartir l’exposition dans le temps.

La question de la lumière rejoint directement celle de son réglage dans la pièce : trop de soleil abîme, trop peu oblige à compenser par un éclairage qui, mal orienté, crée d’autres désagréments. Nous détaillons ces arbitrages dans notre article sur l’éclairage d’un tableau sans le brûler ni s’éblouir.

Un tirage bien protégé de la lumière directe peut traverser une vie entière sans perdre sa teinte d’origine : ce n’est pas une question de chance, de qualité de papier exceptionnelle ou de procédé miracle, c’est une question d’exposition qu’on choisit, ou qu’on subit faute d’y avoir pensé avant d’accrocher.


Avatar de Domitille Sarrazin

À lire aussi